Gevaert, François-Auguste

Huise, 31/07/1828 > Brussel, 24/12/1908

Historische teksten

Première van Le Diable au moulin

[Onderstaande recensie van D.A.D. Saint-Yves (nom de plume van Eduard Déaddé) verscheen twee dagen na de wereldcreatie van Le diable au moulin in La Revue et Gazette Musicale de Paris.]

Tout le monde connaît la Jeune Femme colère, cette comédie d'Etienne, que le talent de Mlle Mars a soutenue si longtemps au répertoire du Théâtre-Français. Mis en musique par Boïeldieu, en 1812, ce petit ouvrage ne fut pas moins heureux à l'Opéra-Comique. L'idée première en était empruntée à la Méchante Femme mise à la raison, de Shakspeare, qui plus tard fournit à M. Scribe le sujet de sa Lune de miel. Dans ces différentes pièces on voit une jeune femme d'un caractère acariâtre, que son mari corrige en se faisant plus méchant qu'elle.

Le Diable au moulin n'est autre chose que la contre-partie de cette donnée. Au lieu d'une femme, c'est un homme, c'est le meunier Antoine qui fait les cent coups au logis et même ailleurs. Non-seulement il met en fuite toutes les jolies filles à marier, mais chaque jour il s'attire de la part des autorités du village quelque nouveau procès-verbal qui ne sert qu'à l'exaspérer. Cependant l'ami Antoine, avec ses gracieux avantages, n'en a pas moins fait la conquête d'une petite voisine, Mlle Marthe, la fille de M. Boniface, et quoique fortement prévenu contre elle, il subit peu à peu son ascendant. Or Mlle Marthe est une maîtresse fille qui, avant d'épouser Antoine, a formé le projet de le dresser au rôle de mari souple et obéissant. Dans ce but, la rusée, qui a lu sans doute Shakspeare et M. Etienne, feint de partager les travers du meunier en les exagérant par son propre exemple. Le diable est au moulin; les meubles volent en éclats, la vaisselle jonche le carreau, les soufflets pleuvent sur les joues des serviteurs. Ce que voyant, Antoine fait un retour sur lui-même et propose à Marthe d'essayer une réforme mutuelle en unissant leurs qualités et leurs défauts. Marthe n'a garde de refuser, et le loup, devenu mouton, inaugure son mariage par une complète métamorphose.

Si ce petit opéra-comique a été fabriqué en vue de donner un pendant aux Noces de Jeannette, avec lesquelles il affecte certains airs de famille, nous supposons qu'à l'heure est les auteurs ont dû rabattre un peu de leur prétentions. Il y a loin, en effet, de la banalité de cette paysannerie moraliste à l'entrain et à la fraîcheur des Noces de Jeannette.

Nous sommes malheureusement forcés de convenir que la même distance nous a paru exister entre la musique de M. Massé et celle de M. Gevaert. Déjà Quentin Durward avait marqué un pas rétrograde dans la carrière de l'auteur du Billet de Marguerite. Peut-être a-t-il été mal servi par le libretto ; peut-être l'a-t-il traité un peu à la légère ; mais nous aurions peine à citer dans cette partition nouvelle un morceau saillant, une inspiration hors ligne. Tout y est suffisamment agréable, le style est élégant, la couleur conforme au sujet ; l'orchestre babille même gentiment ; les couplets, les duos, les ensembles sont d'une contexture irréprochable ; il n'y manque absolument qu'une petit chose : le cachet du compositeur.

Les morceaux y sont pourtant assez nombreux ; sans nous arrêter à l'ouverture, qui est peu développée et se contente de réunir les deux ou trois principaux motifs de la pièce, nous mentionnerons un trio chanté par Mlle Lemercier, Ponchard et Mocker, les couplets J'invite à la noc' tout les alentours, qui reviennent en choeur au baisser du rideau ; des couplets dits avec beaucoup de grâce et de finesse par Mlle Lefebvre; un duo parfaitement détaillé pour lequel nous serions tenté de nous contredire en le signalant d'une manière plus spéciale ; la chanson de Prilleux, Et vli et vlan, dont le refrain est très-habilement ramené dans le morceau d'ensemble suivant ; puis encore des couplets de romance chantés par Mlle Lefebvre, et un dernier morceau de situation qui dénote chez M. Gevaert une connaissance incontestable des ressources de la scène.

En dépit de nos réserves, Le Diable au moulin pourra se maintenir sur l'affiche ; mais il devra avant tout cet heureux résultat au talent vraiment remarquable de ses interprètes. Nous avons rarement vu à l'Opéra-Comique une pièce aussi bien jouée, depuis les premiers rôles, qui sont tenus par Mocker et par Mlle Lefebvre, jusqu'aux personnages secondaires, qui sont représentés par Ponchard, par Prilleux et par Mlle Lemercier. Palianti lui-même a trouvé moyen de se faire applaudir dans un bout de rôle de garde champêtre.

D.A.D. Saint-Yves (Eduard Déaddé): Le Diable au moulin, in: Revue et Gazette Musicale de Paris, jrg. 26, nr. 20, 15 mei 1859, p. 161.